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RESISTANCE ET REPUBLIQUE

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Article « RESISTANCE ET REPUBLIQUE » par Bernard BESSOU

 

Les faits historiques ne se reproduisent jamais à l’identique. Cependant, il y a quelques analogies entre la période 1929, année de la crise aux Etats-Unis, dans le monde et en Allemagne – 1938 et celle que nous vivons depuis une dizaine d’années et particulièrement depuis 2008, année de l’éclatement de la nouvelle crise financière, économique, sociale et sociétale. Le chômage endémique, l’extension de la pauvreté et de la précarité en France et dans de nombreux pays européens comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Italie constituent la similitude la plus évidente.

Ces phénomènes entraînent pour un nombre important et en croissance de nos concitoyens des inquiétudes et de l’anxiété pour le présent et l’avenir, le repliement sur soi et la crainte de l’autre. Des partis politiques, le Front National évidemment mais aussi une partie de l’UMP, certaines associations liées à l’extrême droite comme « Civitas » alimentent ces peurs et désignent comme responsables de nos difficultés l’immigré, l’étranger, surtout parce qu’il est différent, d’une autre couleur de peau, originaire de l’autre côté de la méditerranée, – le Président de la République, François Hollande a eu mille fois raison de reconnaître « avec lucidité (et) au nom de la République la sanglante répression » qui a fait des centaines de morts parmi « les Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance » le 17 octobre 1961 à Paris – d’une autre religion, aujourd’hui les musulmans – hier, c’étaient les juifs – que l’on a tendance à amalgamer avec les « fondamentalistes » et, en poursuivant le syllogisme, avec les terroristes djihadistes.  Cela se traduit, sur le plan politique, par le souhait d’avoir « un vrai chef pour remettre de l’ordre » (1).

Cela n’est pas étranger à l’implantation du Front National dans notre pays, avec, phénomène nouveau constaté lors des élections présidentielle et législatives de 2012, son ancrage dans les territoires ruraux. On aurait tort de banaliser cette situation, de se laisser porter à croire que ce parti politique s’est « normalisé ».

Son idéologie reste au fond la même, faite de xénophobie, de racisme, d’exclusion mais parée d’un habillage et d’une cosmétique adaptés à notre époque ; et c’est bien là le danger ! La montée en puissance du parti néo-nazi «Chryssi Avghi» (Aube Dorée) en Grèce doit nous inquiéter, sinon nous alerter.

Bien sûr, les époques et les conditions sont différentes. Dans un mouvement, qui n’est certes pas linéaire mais qui progresse, la démocratie, politique, à gauche sûrement mais également au centre caractérisé notamment par l’humanisme et à droite, ce que l’on appelle la droite républicaine – même si une partie d’entre elle est disposée à s’allier avec l’extrême-droite et souffler sur les braises du rejet de l’autre -, la démocratie associative, sociale et culturelle constituent un rempart contre le retour effectif sur la scène politique de l’extrême droite et  de sa remise en cause de notre  République et de ses valeurs : Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité.

Et puis il y a l’Europe et son approche ambivalente par les peuples, comprise comme un facteur de paix bien que cette conception s’éloigne de nos esprits, que la crise nous fasse douter, incite un certain nombre d’entre nous au repliement national. L’Europe est déterminante pour la Paix, les libertés et la démocratie dès lors que ses institutions se démocratisent, qu’elle évolue vers le progrès et la justice sociale.

Je fais appel à la Mémoire et à l’Histoire pour que le combat, les sacrifices de nos parents, des grands-parents et arrière-grands-parents pour les générations futures ne soient pas vains mais porteurs d’émancipation humaniste pour chacune et chacun, pour nos sociétés. Stéphane Hessel (1), ce jeune homme de 93 ans  lance ce message en 2011 dans son livre« Indignez-vous » : « Le motif de la Résistance, était l’indignation. Nous, vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre l’héritage de la Résistance et de ses idéaux. ».

Je m’indigne lorsque j’entends, dans les manifestations contre le mariage entre personnes du même sexe, les nervis des mouvements d’extrême droite usurper le mot «Résistance». Ce sont ceux-là même qui scandent leur révulsion de la France laïque et républicaine, de la franc-maçonnerie, des juifs – tiens, ça ne vous rappelle pas les mots d’ordre de Vichy ? -, qui n’hésitent pas à se réclamer de Pétain et pour certains à lever un bras fasciste. Ce beau mot de Résistance, avec un grand «R» a sa noble signification, celle de la lutte contre la dictature et les crimes nazis, contre l’Holocauste, celle inscrite aux frontons de nos mairies. Résistance et République sont inséparables. On n’insulte pas la mémoire de celles et de ceux qui se sont battus et sont morts pour ces valeurs. François Hollande a bien fait de le rappeler lors de la commémoration du soixante-dixième anniversaire de la première réunion du Conseil National de la Résistance.

Prenons garde, depuis ce début d’année 2013 à l’instar de ces manifestations un climat délétère, de violence se développe dans notre pays mettant en cause les valeurs et les institutions de la République, de la démocratie.  Un jeune homme de 18 ans, Clément Méric, a été tué le 5 juin 2013 au cœur de Paris par des individus  appartenant à cette mouvance fasciste au fond idéologique mortifère. Ne banalisons pas ces faits qui sont devenus récurrents et dont on connaît par expérience les conséquences. Ce crime, ses auteurs doivent être sévèrement condamnés par la justice, les organisations qui propagent ces idées, dissoutes et poursuivies. Celles et ceux qui, par leurs discours et leur comportement, ont suscité ce climat doivent en tirer toutes les conclusions. Il est temps que tous les républicains, tous les démocrates, responsables politiques et citoyens, se rassemblent pour stopper cet engrenage et rappeler au respect de la République.

C’est ce qui me fait soutenir l’enseignement de l’Histoire dans toutes les classes, quelles que soient les filières, jusqu’au baccalauréat, ainsi que celui de la morale laïque. A ceux qui, de bonne foi, seraient tenté de penser que le Front National aurait changé, serait devenu « fréquentable » je livre ses déclarations lors d’un déplacement à Rocamadour dans le Lot le 26 février 2013 selon lesquelles elle est « défavorable à l’enseignement de la seconde guerre mondiale ou bien des aspects de la décolonisation en primaire… ». Et, comble de l’ignominie, elle qualifie de « bobard » le massacre de centaines d’algériens le 17 octobre 1961 à Paris sur ordre de Maurice Papon, préfet de police de la capitale, accusé d’avoir fait déporté, en sa qualité de secrétaire général de la préfecture de Gironde, 1600 juifs de Bordeaux entre juillet 1942 et mai 1944, condamné par la cour d’assises le 2 avril 1998 pour complicité de crimes contre l’humanité.

 

C’est ce qui me fait soutenir la proposition de François Hollande d’accorder le droit de vote aux étrangers non communautaires pour les élections locales. De nombreux pays européens (Danemark, Finlande, Irlande, Pays Bas, Suède, Estonie, Hongrie, Lituanie, République Tchèque, Slovénie – Espagne, Portugal et Royaume-Uni pour les étrangers originaires de leurs anciennes colonies) ont déjà accordé ce droit, certains sous condition  d’années de présence sur le territoire. Le gouvernement et les parlementaires socialistes travaillent à convaincre un certain nombre de leurs collègues des groupes du centre et de la droite républicaine à voter ce texte puisque leurs partis et l’ancien Président, Nicolas Sarkozy, s’y étaient déclarés favorables. C’est indispensable car il s’agit d’une réforme constitutionnelle nécessitant la majorité des trois cinquième pour être adoptée. Je ne doute pas que cette réforme voit le jour d’ici 2017. En effet, il est bien légitime et juste que les résidents d’une commune ou d’un département, qui y vivent, y travaillent, y paient les impôts locaux, dont les enfants fréquentent les établissements scolaires participent aux élections des élus qui administrent leur territoire.

C’est ce qui m’a conduit à adresser, en avril 2001, une lettre ouverte au nouveau maire de Tarbes, Gérard Trémège, dans laquelle je m’élevais, et m’élève toujours, contre son choix de prendre sur sa liste un candidat issu du Front National et d’en faire un maire adjoint. Je n’étais mu par aucun dépit, ni rancœur (je fus le directeur de cabinet durant dix-sept ans de Raymond Erraçarret, maire de 1983 à mars 2001). Je respecte, au nom des valeurs qui sont les miennes cet homme et cet élu – il a même été désigné par Gérard Trémège pour siéger au conseil d’administration de l’association d’insertion que je préside ! -. Mais je n’accepte pas que soit ainsi bafoué le passé de la ville de Tarbes, décorée de la Croix de Guerre pour l’engagement des Tarbais dans le deuxième conflit mondial et dans la Résistance et dont de nombreuses rues portent les noms de résistants et déportés. J’ai d’ailleurs proposé au maire actuel d’y ajouter les noms de Lucie et Raymond Aubrac qui continuèrent jusqu’à la fin de leur vie, d’aller dans les écoles pour témoigner de leur engagement pour combattre le nazisme et libérer la France. J’ai fait la même démarche à la disparition de Jorge Semprun, homme d’une immense culture et ministre de la culture du gouvernement Gonzalez, républicain espagnol et résistant et déporté à Buchenwald. J’attends !

(1) Enquête sur le populisme réalisée par le Cevipof (le Monde du 25/01/2013).

(2)   Stéphane Hessel, né à Berlin en 1917, résistant, déporté à Buchenwald, diplomate, décédé le 27 février 2013.

 

 

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